La Tuna de Distrito de Pau



La Tuna,
huit siècles d'Histoire estudiantine

"Groupe d'étudiants habillés de manière très pittoresque qui chantent et jouent de la musique pour ramasser un peu d'argent, s'amuser et voyager".
Voilà, en résumé, une définition très basique de la Tuna telle que nous la connaissons aujourd'hui.
Les plus perspicaces d'entre vous auront certainement déja deviné qu'il s'agit d'une tradition très ancienne.
Pourtant peu de personnes n'en connaissent les raisons d'être, ni les origines, ni les nombreuses transformations qu'elle a connues tout au long de sa longue histoire.
Nous allons donc lever un coin de voile et tenter d'apporter quelques réponses en abordant étape par étape le long processus de maturation de la plus ancienne tradition universitaire au monde : la Tuna.

Index :
  1. Introduction.
  2. X¬į au XII¬į si√®cles : Jongleurs, troubadours, clercs et Goliards : Les pr√©curseurs du genre.
  3. XIII¬į : La naissance de l'Universit√©.
  4. XIII¬į au XVI¬į si√®cles : Manteistas et sopistas.
  5. XVII¬į au XIX¬į si√®cles : Capigorrones, Correr la Tuna, la fin d'une √©poque √©pique.
  6. XX¬į si√®cle : La Tuna moderne.

X¬į au XII¬į si√®cles

Jongleurs, troubadours, clercs et Goliards : Les précurseurs du genre

Contexte historique:

La société médiévale d'Europe occidentale est divisée en trois Etats : la noblesse, le clergé et le peuple.
Chacune de ces castes défend ses propres intérêts.
- Monarques et seigneurs féodaux se disputent les pouvoirs politiques et économiques.
- Les différents ordres religieux se disputent les pouvoirs spirituels et intellectuels.
- Le peuple se regroupe en corporations, sortes d'associations visant à développer et la protéger des intérêts d'un même métier, artisanal ou commercial.

Contexte culturel :

La culture est le miroir de la société et la culture médièvale ne fait pas exception :
- Le troubadour se produit dans un milieu exclusivement courtisan. Sa poésie chante le très noble amour courtois ou traite de sujets d'importance comme les croisades, entre autres arguments de haute poésie ou moralisateurs. Elle emploie une langue de prestige : l'occitan et, plus tard, le français primitif, le portugais-galicien et l'allemand. La musique, véhicule de communication poétique, dépend d'un genre qui envahie la liturgie de l'époque : le trope. Ainsi, ces poètes seront appelés : tropadours, puis, troubadours.

- les jongleurs, ou bateleurs, sont les principaux acteurs de la culture populaire, d'o√Ļ son appelation espagnole "Mester de Juglar√≠a".
Ces artistes parviennent à se procurer un revenu plus ou moins substantiel en divertissant la population de place en place, de village en village et de pays en pays. Ils sont aussi auteurs-compositeurs-interprètes et leurs chansons, en langue populaire, est un extraordinaire vecteur de diffusion pour les nouvelles et la culture de l'époque.

- Quand les clercs ecclésiastiques, gardiens de la culture savante, rigide et austère, découvrent que les jongleurs sont de très bons diffuseurs du message, ils commencent à écrire des poèmes en langue vulgaire pour qu'ils soient chantés sur les places publiques diffusant ainsi l'enseignement moral et religieux.

La Tuna actuelle a été fortement influencée par ces différentes formes culturelles médiévales, mais elle doit son originalité à une création rebelle, dissidente, souvent improvisée dans les tavernes et propre aux "Goliards".

Les clercs ecclésiastiques :

Au Moyen-√āge, l'enseignement est dispens√© par l'Eglise.
Un √©tudiant, m√™me s'il n'a re√ßu aucun ordre sacerdotal, est donc assimil√© √† un "clerc" (d'o√Ļ clerg√©).
Ce terme √©quivaut au mot "√©clair√©" qui sera employ√© au XVII¬į si√®cle, c'est √† dire instruit √† la clart√© du savoir classique (scolasticats) livr√© par les √©coles monastiques par opposition √† l'homme non cultiv√© qui ne connait pas le latin. Par extension il sera appliqu√© √† l'homme savant en g√©n√©ral, m√™me pa√Įen.
Les clercs sont ainsi les dépositaires non seulement du contenu dogmatique et théologique de cette culture savante, mais surtout de la forme sous laquelle ce contenu est délivré.
Dans la solitude de leurs cellules et le froid des bibliothèques, ces hommes de lettres font montre d'une grande érudition et d'une connaissance consciencieuse des canons de la métrique classique, afin de traduire et de composer les textes savants.
En Espagne, cette culture savante porte le nom de "Mester de Clercía".

Les Goliards, ou "Ordo Goliae", "Secta vagorum", "cleri vagantes", "clerici ribaldi", "clericus vagans", "vagantes ambulatchorus" :

Nombre de ces clercs entrent dans les ordres non par vocation mais pour obtenir un sauf-conduit vers la libert√©. Les aspirants pr√™tres, ayant re√ßu les ordres mineurs et la tonsure, sont exempt√©s des obligations envers les pouvoirs s√©culiers et eccl√©siastiques : l'ost (service militaire f√©odal), les imp√īts, les tribunaux, etc‚Ķ
D'origine urbaine, campagnarde et m√™me noble, ces √©tudiants pauvres font du vagabondage intellectuel, allant de ville en ville pour suivre les cours du Ma√ģtre de leur choix et pour r√©pandre leur enseignement. On les appelle "clercs errants" ou "Goliards".
Ils √©chappent aux structures √©tablies et parcourent le pays, de taverne en taverne, et m√®nent le plus souvent une vie assez dissolue. Ils boivent, jouent, jouissent de tous les plaisirs de la vie. Pour payer leurs consommations, ils composent, chantent et improvisent, en latin, po√®mes, complaintes, fabliaux, chansons à boire, jaculatoires, etc ...
Leurs po√®mes-chansons c√©l√©brent le jeu, le vin, l'amour, glorifient l'hédonisme, renient l'éthique chrétienne, fustigent √Ęprement les travers de la soci√©t√© et remettent en question l'ordre √©tabli.
Evêques, primats, moines et même le Pape, sont l'objet de leurs plaisanteries et moqueries.
A cause de leur caractère subversif, les Goliards sont rapidement mis à l'index.

- En 1140, au concile de Sens, un des noms mythiques de l'Universit√©, Pierre Ab√©lard, entre en conflit avec Saint Bernard, Abb√© de Clairvaux. Ce dernier, voyant o√Ļ soufflent les vents, accuse le professeur Ab√©lard d'√™tre un "Goliat ". Ab√©lard sort du concile en mauvaise posture au regard du droit canon - on jete l'anath√®me sur plusieurs de ses propositions - mais son prestige intellectuel s'en trouve renforc√©.
- En 1227, le concile de Trévise interdit aux prêtres de permettre aux Goliards de prendre part aux chants pendant l'office.
- En 1229, les goliards jouent un rôle manifeste dans les troubles de l'Université de Paris relatifs aux intrigues du légat papal.
- En 1289, il est interdit à tout clerc d'être jongleur, goliard ou bouffon.
- En 1300, à Cologne, il leur est interdit de prêcher ou de s'engager dans le trafique d'indulgence.
Cette législation ne sera effective qu'à partir du moment où les privilèges du clergé leur seront définitivement retirés.

Origine du nom :

L'origine du nom est incertaine et pourrait provenir selon les sources :
- du latin "gula", signifiant gloutonnerie ou gourmandise,
- de "Goliat", nom du géant philistin Goliath de la Bible vulgate, personnifiant le mal et synonyme du démon,
- ou d'une dérivation du fran√ßais "Gaillard".
- On parle aussi d'un hypoth√©tique Ev√™que "Golias", aussi appelé "Archipoète" ou "Primas", que les goliards eux-m√™mes pr√©sentent comme leur plus lointain anc√™tre.
Au XIV° siècle, le mot Goliard abandonne toute référence cléricale; pour devenir synonyme de jongleur ou de ménestrel dans la littérature française et anglaise.

Forme et thématique de la poésie goliarde.

La poésie des goliards est parallèle à la poésie latine savante dont elle est une expression plus libre.
C'est une poésie vive, populaire qui représente une attitude nouvelle, innovante, qui s'éloigne radicalement de celle composée jusqu'alors dans les monastères.
Elle suppose pourtant la m√™me pr√©paration m√™me si, au lieu du latin classique, elle est √©crite dans un latin ab√Ętardi, influenc√© par les langues modernes.
La grande majorit√© de l'Ňďuvre des goliards est compos√©e de po√®mes satyriques et mordants, d'autres grossiers, grivois et sans pudeur , m√™me si certains conservent un caract√®re religieux.

Ils aiment à dépouiller les formes et les symboles de leurs sens primitifs pour mieux les détourner, jouant ainsi avec les contrastes et les oppositions.
Pour de diffuser plus largement leur message évangélique, ils empruntent les formes et les symboles de la culture populaire.
A la liturgie, ils empruntent la forme des cantiques pour mieux dénoncer les abus et l'immoralité des hautes sphères de l'Eglise.

De nombreux thèmes apparaissent dans leurs compositions.
Ils chantent la faiblesse humaine et les plaisirs du moment : le vin, l'ivresse, le jeu, la joie, l'amour profane, le plaisir charnel, l'érotisme et défendent la suprématie de l'intellectuel sur le chevaleresque (dispute clerc/chevalier, la plume contre l'épée).
La nature leur fourni une matière riche : les saisons, la faune, la flore, les changements climatiques et surtout le lune et le cycle lunaire.
Face à la métaphore classique de la culture chrétienne du Soleil symbolisant la clarté divine, les goliards préconisent un culte à la lune qui symbolise le temps qui passe et apprend aux hommes à prendre conscience de l'aspect fugace et vain de la vie.

Musique

Comme ceux des jongleurs, Les poèmes goliards étaient écrits pour être chantés accompagn√©s de musique.
Du fait de leur plus grande instruction, les étudiants médiévaux pratiquaient la musique avec plus de raffinement encore que les jongleurs .
D'après l'auteur du "Livre d'Alexandre", les sons les plus délicats que l'on puisse imaginer sont ceux produits en "ajoutant aux instruments utilisés par les jongleurs, ceux de plus grand prix qu'utilisent les clercs".
On est très loin d'une connaissance complète de la musique destinée à accompagner ces poèmes ou que ces poèmes étaient censés accompagner.
La notation musicale utilise des neumes dites diastématiques, sorte de sténographie musicale lisible seulement si on a une connaissance préalable de la mélodie. Le style musical des chansons d'amour est similaire à celui des trouvères. On trouve parfois les mêmes airs dans les deux répertoires. Les chansons proprement goliardes sont toutefois plus simples sur le plan métrique, mélodique et stylistique.

Extraits :

Le recueil de textes goliards le plus connu est une compilation d'environ deux cents cinquante textes, écrits la plupart en latin et quelques-uns en allemand, trouvés en 1847 dans l'abbaye Benediktburen en Bavière, et publiée en 1895 sous le titre "Carmina Burana".
Ils sont composés de vers intercalés de refrains, quelques-uns comportent une notation musicale qui a permis de reconstruire la mélodie d'environ quarante chansons.
Le compositeur allemand Carl Orff (1895-1982) s'est servi d'un choix de ces poèmes pour son célèbre oratorium et beaucoup d'entre eux forment encore aujourd'hui la majeure partie des carnets de chants des étudiants allemands.
Le Carmina Burana est habituellement divisé en cinq parties:
- Carmina Moralia et satirica : poèmes moraux et satiriques.
- Carmina amatoria : poèmes d'amour.
- Carmina Potoria : poèmes festifs consacrés à la boisson.
- Ludi : po√®mes √† caract√®re sacr√©, au sens o√Ļ ils l'entendaient, bien s√Ľr.
- Supplementum: poèmes variés.
Le po√®me le plus revelateur de la conception vitale sp√©cifique aux goliards et le plus populaire du Carmina Burana, a pour titre son premier vers, comme il est normal dans les Carmina et dans la po√©sie du Moyen-√āge : In taberna quando sumus... (Quand nous sommes √† la taverne... ) .

Les Carmina Buruana sont les textes goliards les plus importants, mais pas les seuls.
Un livre de Chanson de Cambridge existe en Angleterre; un autre à Chalons-sur-Marne en France, un "Carmina Rivipullensia ", d'un moine anonyme de Ripoll, en Catalogne et quelques poèmes du "Libro del Buen Amor" de Juan Ruiz, Archiprêtre de Hita, sont des extraits goliards.

Leur oeuvre influencera des grands écrivains tels que François Rabelais, François Villon,...

L'héritage des Goliards

Libertaires voire libertins, hédonistes voire utopistes, intellectuels contestataires voire revolutionnaires, les goliards sont la source de l'esprit estudiantin moderne.
Je ne sais pas qui a dit : "si la jeunesse n'est pas révolutionnaire, elle n'est ni jeunesse ni rien."
Une chanson résume trés bien leur philosophie de vie, est une version existentielle du déjà très existentiel Carpe diem, elles s'intitule "De brevitate vitae" (De le brièveté de la vie), plus connue par son premier vers: "Gaudeamos Igitur". Elle est devenue l'hymne international des étudiants universitaires.
En proposant le plaisir des sens, ici, maintenant, ils etaient non seulement en avance sur leur temps mais ils l'étaient sur la Renaissance et sur le monde moderne.

XIII¬į si√®cle

La naissance de l'Université.

Rappelons le, les Tunas appartiennent au milieu universitaire et ce dés la propre naissance de l'Université.
Mais, au fait, comment est donc apparue notre belle Université?
Contexte historique:

Suite aux grandes invasions la culture classique, grecque et latine, a durablement sombr√©. Seule l'√Čglise, au fond de quelques monast√®res, se pr√©occupe de transmettre un savoir dont la finalit√© a √©volu√© : refusant la philosophie pa√Įenne, les clercs privil√©gient les textes susceptibles d'une interpr√©tation chr√©tienne et les exemples de belle langue latine.
Charlemagne et son chancelier Alcuin donnent une impulsion d√©cisive en cr√©ant aupr√®s de chaque √©v√™que une "√©cole" destin√©e √† former les cadres de l'√Čglise, donc de l'√Čtat, sous l'autorit√© de son chancelier ou "√©col√Ętre". Le savoir est ainsi li√© aux villes, si√®ges des √©v√™ch√©s, et non plus uniquement aux monast√®res isol√©s. Alcuin organise les connaissances de l'√©poque en deux cycles de trois et quatre disciplines, les "arts lib√©raux" (ou "arts"), inventant ainsi le trivium (grammaire, rh√©torique, dialectique) et le quadrivium (arithm√©tique, musique, g√©om√©trie, astronomie) en usage en France jusqu'√† la R√©volution, et qui ne sont que l'introduction √† l'√©tude par excellence, celle de la th√©ologie.

Le XIIe siècle se caractérise en Europe par un essor urbain. En se développant, les villes (dont beaucoup conquièrent leurs "franchises", c'est-à-dire un ensemble de libertés qui réduisent leur dépendance par rapport aux seigneurs ou aux dignitaires ecclésiastiques) deviennent les centres d'une vie économique, sociale et culturelle nouvelle.
Les √©coles permanentes s'y multiplient. Elles r√©pondent √† une n√©cessit√© sociale (former des cadres capables de remplir les t√Ęches administratives nouvelles) et √† un besoin id√©ologique (transmettre et enrichir les connaissances, pour une part essentielle h√©rit√©es de l'Antiquit√© par l'interm√©diaire des Arabes, et mener la r√©flexion th√©ologique et philosophique qui assure la coh√©sion de la soci√©t√©).
Gr√Ęce √† la r√©putation de leurs professeurs, certaines de ces √©coles se font conna√ģtre au-del√† des limites de leur dioc√®se, concurren√ßant les √©coles monastiques et attirant des √©tudiants de tous les pays.
Les √©tudiants, groupe social √† part, ind√©pendants et remuants, se heurtent fr√©quemment √† la justice de l'√©v√™que ou du roi. Les professeurs, quant √† eux, entendent : √™tre ma√ģtres du recrutement, se voir garantir une r√©mun√©ration, pouvoir se doter de statuts et √©lire des "officiers" qui fassent respecter la discipline int√©rieure.
Par leur agitation, par des grèves parfois très longues, ils font front à la manière des corporations, ces groupes typiques de la nouvelle culture urbaine alors en plein essor.
C'est de ce mouvement que naissent les premières Universitas Magistrorum ou Scholiarum, "communautés" qui rassemblent la "totalité" des élèves ou des enseignants (les deux termes sont contenus dans le sens du mot latin universitas) : l'Université est née.

L'Université

Cette nouvelle institution √† caract√®re s√©culier ne d√©signe que des groupes de personnes et sont d'abord d√©pourvus de batiments o√Ļ apprendre ou enseigner.
Elles re√ßoivent rapidement la protection des monarques, int√©ress√©s par la formation de cadres administratifs, et du souverain pontife, soucieux de contr√īler la r√©flexion th√©ologique et philosophique, qui leurs accordent financements, privil√®ges, franchises et b√Ętiments.
Cette double protection leur assure une indépendance et une autonomie économique, administrative et juridique vis à vis des pouvoirs civiles et ecclésiastiques locaux.
La pluralit√© de l'enseignement dispens√© et la reconnaissance pontificale des dipl√īmes d√©livr√©s conf√®rent √† ces centres d'√©tude une valeur universelle.
Le latin, instaur√© comme instrument linguistique d'√©change, apporte une certaine unit√© et facilite la mobilit√© des ma√ģtres et des √©l√®ves, contribuant ainsi au rayonnement de la culture sup√©rieure chr√©tienne.

Les élèves commençent jeunes, vers quatorze ans, l'étude des arts libéraux. Le trivium, grammaire, rhétorique et dialectique, c'est l'étude des lettres, et avant tout du latin, langue unique des études juqu'au XVe siècle ; puis viennent, regroupés dans le quadrivium, l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie, la musique, soit la partie "scientifique"de la vision du monde de l'époque.
Au terme de ces deux ensembles de trois ans chacun, les √©tudiants, licenci√©s "es arts", peuvent aborder la discipline de leur choix (m√©decine, droit) dont l'√©tude dure encore cinq ou six ans, pour la th√©ologie huit ans sont pr√©vus dans les statuts de l'universit√© de Paris qui en , qui impose, en outre, l'√Ęge minimum de trente-cinq ans pour l'obtention du doctorat ; il semble, en fait, que la dur√©e d'apprentissage ait √©t√© de quinze √† seize ans.

Venant de tous horizons, les étudiants sont logés dans des "Collèges" et se regroupent en "nation" (du latin natio : lieu de naissance).

Les principales universités :

En 1200, l'Université de Paris dont l'administration dépend de la corporations des professeurs, obtient une charte du Roi Philippe Auguste.
Elle atteind rapidement une renomm√©e consid√©rable surtout pour l'enseignement de la th√©ologie dont elle aura l'exclusivit√© jusqu'au XV¬į si√®cle.
Elle n'atteindra en revanche jamais l'importance de Bologne ou d'Orléans pour le droit, celle de Montpellier ou de Pavie pour la médecine.

√Ä Bologne, d√®s la premi√®re moiti√© du XIIe si√®cle, se d√©veloppe √† partir des √©coles notariales une universit√© administr√©e principalement par les √©tudiants qui choisissent eux-m√™mes leurs ma√ģtres, .
Malheureusement, les documents statutaires de l'Universit√© de Bologne de la premi√®re moiti√© du XIII¬į si√®cle ont disparus.
Héritière du Droit Justinien, l'Université est spécialisée et reputée pour les études de Droit civil et canon.

À Oxford, en 1214, des écoles existant depuis plusieurs années reçoivent un statut qui leur accorde la garantie de l'autonomie; l'université y est dirigée par un chancelier, nommé par l'évêque de Lincoln, mais choisi parmi les docteurs (ce qui n'est pas le cas à Paris).

Dans nombre de villes importantes apparaissent dès le XIIIe siècle des centres universitaires qui tendent à s'inspirer des modèles de Paris, de Bologne ou d'Oxford.
Certains voient le jour à la suite d'un mouvement spontané, à partir de conditions locales favorables.
Ainsi, √† Montpellier, o√Ļ existait une longue tradition d'enseignement de la m√©decine, l'universit√© re√ßoit ses statuts d√®s 1220.
Dans d'autres cas, des universit√©s r√©sultent de scissions op√©r√©es √† partir d'√©tablissements existants: √† la suite de conflits internes, des ma√ģtres et des √©tudiants mettent en place une nouvelle corporation universitaire; c'est le cas √† Padoue, dont l'universit√© est n√©e en 1222 d'une migration de docteurs et d'√©tudiants de Bologne.
D'autres universit√©s, enfin, sont fond√©es gr√Ęce √† une initiative des pouvoirs papaux, imp√©rial ou royal: l'empereur Fr√©d√©ric II, r√©gnant sur la Sicile (1197-1250), fonde en 1222 l'universit√© de Naples afin de contrebalancer l'influence de Bologne. √Ä Toulouse, en 1229, le l√©gat du pape impose la cr√©ation d'une universit√© pour r√©tablir la foi catholique face √† l'h√©r√©sie cathare. En Espagne, les rois de Castille et de Le√≥n sont √† l'origine des centres universitaires de Palencia (vers 1210), Salamanque (1218), Valladolid (vers 1240). Mais c'est surtout au cours des si√®cles suivants que le mouvement de cr√©ation d'universit√©s par les √Čtats prend toute son ampleur, r√©pondant √† une politique administrative et culturelle coh√©rente. D√®s les XIVe et XVe si√®cles, les centres nouvellement institu√©s re√ßoivent des moyens pour rivaliser avec les universit√©s les plus anciennes.

Les premières Universités espagnoles

La fondation des premi√®res Universit√©s espagnoles date elle aussi du d√©but du XIII¬į si√®cle :
- 1208-1214 : Palencia par Alphonse VIII de Castille et l'évèque Tello Téllez à partir de l'école du chapitre.
- 1218 : Salamanque par Alphonse IX de Leon aussi sur les bases de l'école du chapitre préexistante. Bulle d'Alexandre IV en 1255
- 1250 : Valladolid dont le développement est appuyé par les Rois castillans sur les bases d'une école municipale ou abatiale. Bulle de Clement VI en 1346.
- 1279 : Lérida par Jaime II d'Aragon. Bulle papale de 1300.

Des étudiants de tous les royaumes et de toutes conditions vinrent s'y inscrire, dont certains insufflèrent l'esprit des goliards.
Ainsi, pour financer leurs √©tudes, les moins fortun√©s d'entre eux prirent l'habitude d'animer gargotes, tavernes, ruelles et places publiques en √©change de quelques monnaies ou d'une assiette de soupe. Ils portaient toujours sur eux une cuill√®re et une fourchette en bois ce qui leur permettait de manger en quelque endroit o√Ļ on en leur en donnait l'occasion et leur conf√©ra leur surnom : les "Sopistas" (soupistes). Ces couverts en bois sont aujourd'hui encore le symbole des Tunas universitaires.

Mais si ces sages manifestations √† des fins de subsistance √©taient bien accept√©es par les mŇďurs m√©di√©vales, elles n'√©taient que le pendant de manifestations plus friponnes, que seul l'esprit picaresque estudiantin pouvait leur conf√©rer. En effet, la nuit tomb√©e, ces √©tudiants allaient chanter la s√©r√©nade sous les balcons des √©lues de leur cŇďur afin de les conqu√©rir, voire plus si affinit√©.

C'est au XVI¬į si√®cle que se form√®rent les Tunas telles que nous les connaissons aujourd'hui.
En 1538, une loi permis aux étudiants sans ressources de trouver pension dans les "Instrucciónes para bachilleres de pupillos ". Elles étaient, de par leurs caractéristiques, le refuge des soupistes
Les nouveaux (novatos), √† cause de leur inexp√©rience, y √©taient l'objet des moqueries et des farces des anciens. Un pupille se mettait donc sous la protection d'un ancien, qui se chargeait de le guider dans ses √©tudes (m√™me si ces pensions n'√©taient pas le lieu id√©al pour suivre des √©tudes s√©rieuses) et de lui enseigner l'art goliard. En √©change, le nouveau devenait le page de son "ma√ģtre", permettant ainsi √† ce dernier d'avoir un style de vie similaire √† celui des √©tudiants riches.
Une fois terminée sa période d'apprentissage, le "novato" atteignait à son tour le status d'ancien bouclant ainsi la boucle et ainsi de suite jusqu'à nos jours.

Au fil de l'Histoire, peu d'institutions ont su pr√©server aussi fid√®lement leurs coutumes et traditions comme l'ont fait les Tunas. L'esprit estudiantin est pass√© de g√©n√©ration en g√©n√©ration, depuis les premiers soupistes qui devaient survivre gr√Ęce √† leur art, jusqu'√† notre √©poque, o√Ļ le caract√®re initiatique et enrichissant de la Tuna est plus vivant que jamais, n'en d√©plaise √† certains.
Bien s√Ľr, certaines de ces traditions ont √©volu√©es dans leur forme, ont disparu ou ont √©t√© cr√©√©es au fil du temps, mais toutes sont rest√©es fid√®les √† des id√©aux communs :
- Séduire les damoiselles
- Voyager et conna√ģtre d'autres cultures
- Obtenir un bon niveau musical
- Porter haut les couleurs de leur Universit√© et de leur Ville o√Ļ l'aventure les mènent.
- Eventuellement obtenir un dipl√īme universitaire
Et à certaines coutumes :
- L'apprentissage
- Les Rencontres-Concours (Certamenes)
- La ronda

Les tunos vivent la Tuna comme un art de vivre, c'est la caractéristique qui la distingue de tout autre type de formation musicale ou ludique. Un tuno ne cesse pas de l'être une fois son cursus universitaire achevé, la promesse faite à ses compagnons ou à la Tuna qui lui a donné sa beca est plus comparable à un "pacte de sang" qu'à tout autre forme de promesse. Etre tuno n'est pas quelque chose de transitoire, c'est essentiel à toute personne qui s'en montre fier.

De nos jours, √† cause de l'√©volution de la soci√©t√©, la Tuna a, certes, quelque peu perdu sa fonction de gagne-pain, les tunos d'aujourd'hui utilisant plut√īt l'argent durement gagn√© pour financer leur √©quipement (costume et instruments), leurs sorties et leurs voyages, mais elle regroupe toujours des √©tudiants ("fauch√©s" par d√©finition) attach√©s aux traditions, amateurs de musique populaire, cultivant un certain art de vivre, aimant d√©couvrir le monde, l'amour et de nouvelles sensations sans disposer de grands moyens.
Pour ce qui est du reste, la Tuna a su garder vivaces les traditions héritées des siècles antérieurs, elle interprète des chansons populaires avec les mêmes instruments (enfin, dans leur version moderne et neufs), fait la sérénade aux dames (qui sont toujours aussi sensibles à ses chansons), voyage aux quatre coins du monde, le plus souvent invitée par ceux qui veulent bien savourer sa musique et sa sympathie, et dispense toujours sa bonne humeur dans les rues et les restaurants en échange d'un sourire, d'un soupir, d'une petite pièce de monnaie ou d'un coup à boire.

La Tuna est donc plus qu'une formation musicale, c'est l'institution universitaire la plus ancienne et la plus originale au monde.
De nos jours il n'y pas une Université en Espagne qui n'aie une Tuna.
La Tuna n'est rien sans l'Université mais l'Université ne serait pas ce qu'elle est sans la Tuna.
Son romantisme, son caractère si particulier, ses traditions, et surtout sa musique en font un élément indissociable de l'Histoire de l'Université espagnole.
La Tuna a été, est et sera toujours.

¬° A√ļpa Tuna !


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